C’est quoi le bonheur, avec :

Claude (78 ans) – Rawdon

Le bonheur, il y a plusieurs facteurs. Le premier facteur auquel les gens pensent souvent, c’est l’argent. Beaucoup se disent qu’avec plus d’argent, ils auront plus de bonheur. Et oui, il y a un minimum. Quand tu as de la misère à arriver, quand tu ne peux pas payer ton épicerie à la fin de la semaine ou du mois, c’est sûr que ça compte.

Il faut avoir un minimum d’argent pour être capable de vivre correctement. Mais une fois que les finances sont réglées, le bonheur, pour moi, c’est surtout la santé.

La santé, c’est très important. J’ai passé ma vie à faire du sport. J’ai fait beaucoup de ski, beaucoup de voile, et maintenant je fais du vélo. J’ai eu mon premier vélo de route vers 60 ans, et ça fait maintenant 17 ans que j’en fais.

Le sport est très important pour moi.

Le travail et la liberté

J’ai été fonctionnaire toute ma vie pour le gouvernement du Québec. J’étais conseiller en emploi. Mon travail consistait à me promener dans les centres locaux d’emploi et à superviser les agents.

J’ai fait ça pendant 30 ans et j’ai bien aimé ça. J’étais un peu mon propre patron, et ça, c’était important pour moi.

Ce n’était pas forcément le travail le plus payant. J’aurais pu avoir un emploi mieux payé ailleurs, mais ce n’était pas ce que je voulais. Ce qui comptait, c’était de faire quelque chose que j’aimais.

Faire ce qu’on aime

Dans ma vie, j’ai souvent fait des choses que j’aimais.

Par exemple, la maison, c’est moi qui l’ai conçue et bâtie. Je voulais du bois partout. Il y en a sur trois étages. Si quelqu’un n’aime pas le bois, il est mal pris, mais moi j’aime ça. Ça a été une partie importante de mon bonheur.

Le bonheur, c’est aussi quelque chose qui est à l’intérieur de nous.

C’est ce que tu ressens quand tu te couches le soir. Tu repenses à ta journée et tu te dis :
“C’était bien. C’était le fun. Merci la vie. À demain matin.”

Je me parle souvent à moi-même. Et pour moi, le bonheur, c’est ça : un bien-être intérieur.

Le bonheur change avec l’âge

Le bonheur, les personnes le développent avec les années et l’expérience.

Je ne voyais pas le bonheur de la même façon à 30 ans, à 35 ans, ou aujourd’hui. À 77 ans, je me dis que dans cinq ans, ce sera peut-être encore différent.

Aujourd’hui, je peux encore faire du vélo tous les jours, sortir mes skis, mes raquettes, lire. Mes genoux ont un peu plus de misère pour le ski, mais je peux encore bouger.

Je peux sauter dans mon auto, aller en Gaspésie, aux Îles-de-la-Madeleine, voyager. J’ai déjà fait toute l’Amérique, je suis allé jusqu’à Vancouver.

Mais maintenant, voyager seul me tente moins. C’est plus plate. Faire 12 heures de route par jour tout seul, ce n’est plus pareil.

Le voyage en France

Quand j’ai pris ma retraite, je suis parti un an en France. Avant ça, j’avais aussi fait le tour de l’Amérique.

En France, j’ai adoré. J’ai passé six mois dans un monastère, dans le sud de la France. Je faisais l’entretien. Il y avait 80 chambres, donc il y avait toujours quelque chose à réparer : une porte qui ne fermait pas, une poignée qui ne marchait pas, de la plomberie, de l’électricité…

J’ai fait tous les métiers là-bas.

Au bout d’un mois, j’ai dit au responsable du monastère :
“Si tu me donnes des responsabilités, il me faut du bois, de la peinture, du matériel, un endroit pour ranger mon stock.”

Dans la même semaine, il m’a trouvé un petit camion. J’adorais ça.

Je me dis encore parfois que je retournerais bien dans ce monastère.

J’aimerais retourner en France. Passer quelques jours à Paris, prendre des petits cafés, aller au restaurant, marcher partout… Ça, j’adore.

Ce que j’ai aussi beaucoup aimé en France, c’est le train. Le train va partout. Chez nous, on n’a pas ça. Là-bas, je pouvais mettre mon vélo dans le train et me promener partout.

J’ai trouvé ça formidable.

Être heureux aujourd’hui

Je suis heureux.

Physiquement, je suis encore en forme. Je suis un peu gros, mais ça fait 40 ans que je suis gros. J’ai essayé de maigrir, puis j’ai repris, puis maintenant ça me tente moins de me battre avec ça.

Le côté physique n’est peut-être pas parfait, mais c’est très bien.

Pour moi, le bonheur, c’est la santé, la vie, le bien-être, et faire des choses qu’on aime.

Je fais du vélo presque tous les jours. Il y a des gens qui trouvent ça étonnant qu’à 77 ans je fasse encore 30 km par jour. Mais pour moi, c’est normal. Parfois j’en fais 50, parfois seulement 15 s’il vente trop ou s’il pleut.

C’est pareil pour le ski et la voile. J’ai toujours aimé bouger.

La voile

Je fais encore un peu de voile, mais moins qu’avant.

Avant, quand on faisait de la voile, il y avait toujours un bateau de sécurité. Si tu tombais à l’eau, si une corde cassait, si une pièce tombait, il y avait quelqu’un pour venir t’aider.

Aujourd’hui, ce n’est pas toujours le cas, et ça me dérange. Pour moi, un bateau de sécurité, c’est important.

Les valeurs transmises par mes parents

La santé.

Mes parents disaient toujours : “Si tu es en santé, le reste va venir tout seul.” C’était leur grande valeur.

Mes parents étaient aussi généreux. Mon père était toujours celui qu’on appelait pour aider à déménager ou rendre service. Je pense que c’était l’un des hommes les plus généreux que j’ai connus. Mais être généreux ne veut pas forcément dire donner de l’argent. Quand on n’en a pas beaucoup, on ne peut pas toujours en donner. La générosité, c’est aussi donner de son temps, aider les autres.

Avant, j’allais facilement travailler deux ou trois jours pour aider quelqu’un. Maintenant, je suis plus fatigué, plus paresseux peut-être. Je me dis parfois que si quelqu’un a besoin d’aide, il peut engager quelqu’un.

La famille et la solitude

Il y a beaucoup de personnes âgées qui sont seules, c’est vrai. Ma mère a 95 ans, elle est dans un centre d’accueil, mais elle connaît tout le monde. C’est dans son village, donc elle est entourée de visages familiers.

Je me dis que peut-être, à 95 ans, j’irai moi aussi dans un centre d’accueil. Et si je devais y aller, j’aimerais que ce soit à Saint-Gabriel-de-Brandon, parce que c’est là que je suis né. Je connais les lieux, les gens, l’ambiance.

Le regard sur la carrière de ma fille

Je me dis qu’elle a la chance de pouvoir voyager, de voir d’autres cultures.

Elle pense peut-être partir du 15 décembre au 15 janvier en Argentine. Moi, je me dis qu’elle devrait y aller. Parce que parfois, dans la vie, tu hésites, puis après tu te dis :
“J’aurais dû le faire.”

Quand tu as les moyens, quand tu es encore en santé, il faut y aller.

Elle approche de 50 ans, mais elle est encore en forme. Elle parle plusieurs langues, et si elle en développe encore une ou deux de plus, ce sera encore mieux.

Elle est chanceuse de faire un métier qui lui permet de voir le monde et les autres cultures.

Moi, dans mon temps, à l’école au Québec, on n’apprenait pas vraiment l’anglais. Et ça, ça m’a manqué toute ma vie. Dès que tu sors, aux États-Unis ou ailleurs, tout le monde parle anglais. Aujourd’hui, je comprends peut-être 60 ou 75 %, mais je ne parle presque pas. Je ne me sens pas assez bon.

C’est une frustration.

Je me dis que tous mes enfants devraient être au moins bilingues. Et mes petits-enfants aussi.

Sa carrière, parfois, je trouvais ça difficile parce qu’elle partait souvent et que je me retrouvais seul. Avant, ça me fatiguait davantage. Aujourd’hui, ça me dérange moins.

Mais l’important, c’est qu’elle fasse ce qu’elle aime.

C’est ça, la vie : faire ce qu’on aime, être en santé, rester curieux, profiter quand on peut, et ne pas trop remettre à plus tard.

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