C’est quoi le bonheur, avec :

Annie-Claude – …

Je me l’ai pas posé à moi-même cette question-là. Parce que sans forcément avoir une grosse réflexion, pour moi le bonheur, c’est d’être en paix, d’être dans la nature.

Les moments où je me sens le mieux, et le plus à ma place, et le plus vivant, c’est quand je suis dans le bois, toute seule, en train d’être avec les éléments. Ben soit toute seule, ou avec quelqu’un qui vit, qui peut comprendre cette espèce de rapport à la nature.

Pour moi, c’est ça le bonheur.

Ou le bonheur aussi, c’est quand j’ai une réciprocité, ou un miroir, qui est rare, tu sais, parce que je me sens souvent seule.

Tu sais, on parlait… on abordait un peu la solitude. C’est un sujet qui m’intéresse en ce moment.

Moi, je suis quelqu’un de solitaire. J’aime ça, tu sais. J’aime ça. Je pourrais vivre toute seule dans le bois. Je l’ai fait pendant… juste avant la pandémie, j’ai vécu dans ma cabane à sucre, toute seule dans le bois, pendant… une ermite finalement.

Je suis quelqu’un de solitaire qui aime la solitude.

Mais ce que je trouve difficile dans ma vie, c’est vraiment, tu sais, quand je reviens de voyage, de ne pas avoir des gens qui résonnent, qui comprennent les réalités que j’ai vécues. D’avoir cette solitude-là.

Puis en plus, je n’ai pas de conjoint, fait que je n’ai personne avec qui, tu sais, comme décer le soir, puis parler de ça, puis dire comment je me sens.

Souvent, je suis dans un groupe, mais je me sens seule pareil, parce que j’ai vécu tellement de réalités. J’ai voyagé, puis les gens ne me posent pas tant de questions. C’est drôle, on me pose des questions en entrevue, en conférence, les gens sont super intéressés. Par exemple, en conférence, les gens, ils trippent.

Mais dans ma famille, mes amis, ils ne me posent pas tant de questions. Je ne sais pas pourquoi, sur mes voyages, tout ce que j’ai fait.

Je suis fondamentalement heureuse, mais j’aimerais quand même pouvoir avoir plus de résonance par rapport à ce que je suis en train d’expliquer.

Je suis fondamentalement heureuse quand je rencontre quelqu’un qui résonne, qui me comprend, qui est comme… qui peut comprendre cette… souvent, j’ai l’impression d’être un aigle, puis de regarder la terre comme ça.

J’ai tellement voyagé dans différentes cultures que je suis capable de comparer les cultures, d’avoir un recul, comme si j’étais un extraterrestre qui visitait la terre, puis qui avait comme un regard d’autre planète, tu sais.

Et quand je rencontre des gens comme toi, avec qui je peux échanger comme ça, je me sens moins seule. Puis ça, ça me rend heureuse aussi.

Parce que ça me fait vivre beaucoup de solitude, d’être seule comme dans mon monde, avec toute cette information-là, cette digestion-là, cette réflexion-là. Ça, je trouve ça lourd.

Oui, je suis heureuse, mais je vis beaucoup de solitude par rapport à tout ça.

En même temps, je vis des moments de bonheur incroyables. J’ai le plus beau métier de tout le monde. Mon métier, c’est d’apprendre à soulever la beauté de la différence, puis à connaître avec les autres cultures.

Mais pas solitude au niveau… la solitude psychologique. Comme la solitude d’être seule dans mes réflexions.

Quand je rencontre des gens qui ont des réflexions similaires, ou qui peuvent comprendre mes réflexions, ça me rend heureuse. Ça me fait du bien. Ça me remplit.

Tu sais, c’est dur de tout vivre, toutes ces prises de cons… mais ce ne sont pas des prises de cons. Toutes ces réalités, les différentes réalités.

Puis d’être dans un milieu… je pense que vous vivez vous autres aussi, à une certaine échelle : les gens ne sont pas nécessairement curieux, ne posent pas de questions.

J’ai fait le tour du monde, puis l’autre fois, j’étais dans un souper d’amis. À la fin du souper, j’étais drainée. J’ai dit : ah, je suis fatiguée. J’arrivais de tournage, tu sais. Puis j’ai dit : je ne peux pas être là, je suis fatiguée, c’est difficile mon métier. J’ai dit : je voyage beaucoup, les aéroports, le décalage, changement de nourriture, changement de beat.

Moi, c’était payé pour voyager, puis en plus tu te plains.

Non mais tu sais, c’est comme si je n’avais pas le droit de changer. Ce n’est pas si évident que ça.

Parce que quand on dit qu’on a été dans des pays, et qu’on arrive face à des gens qui n’ont jamais voyagé, c’est vrai qu’ils ont une vision de nous qui est en gros : on est des vacanciers, on passe notre temps.

Et on n’arrive pas… enfin moi, je sais que j’ai du mal des fois avec certaines personnes d’avoir un échange sur ce que j’ai vécu, qui était formidable et tout. Je n’arrive pas.

Il n’y a pas de passerelle, en fait. C’est comme si on ne comprenait pas ce que moi j’ai vécu. Et du coup, je reste un peu en retrait. Je ne parle pas de mon voyage. Et c’est dommage, parce que c’est comme tu dis, c’est intéressant pour échanger, de pouvoir dire ce qui s’est passé, ce que tu as vécu.

Enfin, c’est important. Faut que ce soit partagé clairement.

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